Open Banking

Et pendant ce temps, les taux de rendement des OAT continuent de baisser…

19 juin 2012

Quels constats sur les marchés de taux aujourd’hui ?

On relève une situation très contrastée au sein de la zone euro si on s’intéresse à l’évolution des rendements des emprunts d’Etat à 10 ans au cours des derniers mois.

En synthèse, les Etats de la zone euro se répartissent grossièrement en 3 sous-groupes :

– Celui des meilleurs élèves comme l’Allemagne ou les Pays-bas, qui bénéficient d’un endettement public relativement faible par rapport aux autres pays et disposent de la meilleure notation (l’Allemagne est un des rares pays à avoir conservé un rating AAA).
– Celui des pays dans une situation intermédiaire comme la France ou la Belgique, caractérisés par une dette publique plus importante, une croissance atone mais des fondamentaux qui restent relativement honorables. Pour ceux-là, les écarts de rendement augmentent un peu par rapport aux meilleurs élèves
– Celui des pays “sous surveillance” comme l’Espagne ou la Grece, caractérisés par une dette publique trop élevée et qui présentent des risques de défaut à court / moyen terme (fait que personne n’osait encore évoquer il y a quelques années, tout emprunt d’Etat de la zone euro étant réputé quasi “sans risque”)

Or depuis quelques mois, on peut constater la situation suivante :

Les taux de rendement du dernier groupe dont la situation économique s’est détériorée s’envolent sensiblement de manière très logique, conséquence de la défiance des investisseurs qui exigent des rendements plus élevés face à la montée des risques de défaut ou de restructuration de la dette. Certains pays comme l’Italie, qui est pourtant dans une meilleure situation que l’Espagne, en font aussi les frais comme le montre le graphe ci-dessous à gauche (source : Agence France Trésor – juin 2012)

En revanche, certains pays du groupe 2 comme la France, qui sont officiellement entrés en récession et dont la situation économique continue de se dégrader, voient de manière très paradoxale leur taux de rendement à long terme baisser. Les investisseurs auraient-ils donc perdu toute rationalité ?

Plusieurs raisons expliquent cette baisse des rendements :

Tout d’abord, en période de crise économique et financière, les investisseurs préfèrent en général se tourner vers les actifs moins risqués, les obligations d’Etat “govies” jouant alors le rôle de valeur refuge au même titre que l’or. Les investisseurs achetant massivement des obligations d’Etat, les rendements offerts sur les emprunts nouvellement émis diminuent, faisant ainsi monter mécaniquement le cours des titres échangés sur le marché secondaire.

De plus, dans un univers d’investissement qui se restreint, l’investisseur avertit et “risk averse” dispose d’un choix moins important de titres. C’est tout le problème qui se pose au sein de la zone euro pour des investisseurs institutionnels qui souhaitent avoir dans leur portefeuille des titres de bonne qualité. Beaucoup d’entre eux n’ont d’ailleurs pas le choix en vertu de règles portant sur des seuils ou limites à respecter par classe d’actif, par type d’émetteur ou par notation (c’est le cas en France ou l’article R 332-3 du code des assurances impose aux organismes d’assurance des limites de répartitition des actifs dans leur portefeuille). Ainsi, aux yeux des investisseurs, les OAT (Obligations Assimilables du Trésor) continuent d’être un placement assez sûr et qui rapporte un peu (notamment par rapport aux Bunds qui ne rapportent plus rien), faute de pouvoir trouver mieux!

Le tableau ci-dessous illustre d’ailleurs la part des obligations dans le bilan des assureurs en France (source ACP : extrait du rapport sur l’exercice QIS 5 – mars 2012)

Autre raison : les nouvelles normes Solvabilité 2 qui doivent entrer en vigueur au 1er janvier 2014 semblent aussi jouer un rôle dans le comportement des investisseurs institutionnels (principalement les assureurs qui y sont directement soumis, mais aussi d’autres acteurs comme des fonds de pension qui auraient volontairement fait le choix de s’aligner sur ces normes). En effet, les normes Solvabilité 2 pénalisent davantage les placements en actions (jugés plus risqués) que les obligations, immobilisant ainsi plus de fonds propres.
La principale conséquence est que les institutionnels recomposent leur portefeuille en se délestant des actions au profit des obligations, et principalement des obligations d’Etat. Cela reflète en partie le caractère “procyclique” des normes Solvabilité 2 qui ont pour effet d’accentuer la baisse des marchés actions, alors que celles-ci pâtissent déjà de la chute des cours en période de crise boursière.

Pour toutes ces raisons, les emprunts d’états comme les OAT en France qui sont très demandées voient donc leur taux de rendement diminuer.

Cette tendance va-t-elle se poursuivre ?

Rien ne permet de le dire avec certitude car l’évolution des taux longs dépend en réalité de nombreux paramètres, notamment des anticipations des investisseurs par rapport à l’évolution économique (poursuite de la crise ou retour rapide de la croissance ?), à l’évolution des rendements des autres actifs etc. et également de facteurs “psychologiques” qui influencent les décisions d’investissement.

Néanmoins, dans un environnement financier qui tend à aller vers davantage de régulation (Solvabilité 2, Bâle III…) et à renforcer les exigences en matière de fonds propres, les institutionnels ont dores et déjà intégré ces éléments et ont commencer à modifier leur allocation stratégique de référence. On peut donc s’attendre à ce que la préférence des investisseurs de long terme pour des titres à revenus fixes, bien notés et peu risqués maintiennent cette tendance pendant un certain temps.

Un effet d’aubaine pour l’Etat français :

Cette baisse des taux de rendement est une bonne nouvelle pour l’Etat qui doit financer son couteux programme de relance et lui permet ainsi de lever de la dette nouvelle à moindre frais. Les contribuables y trouveront quelque part un certain réconfort, car ce mode de financement leur profite indirectement.

Bercy estimait il y a quelques mois que le montant économisé grâce à la baisse des taux pourrait s’élever jusqu’à 1 Milliard en 2012.

Néanmoins, comme le relevait cet article paru dans le Figaro le 7 juin 2012, ces bonnes surprises sur les taux ne doivent pas masquer l’essentiel : en trente-sept années de déficits, la France a accumulé une dette publique gigantesque, de 1.717 milliards d’euros fin 2011 (soit 86 % du PIB). La charge de la dette est le deuxième poste du budget de l’État, après l’Éducation. Si bien que nos finances publiques sont exposées à tout retournement de tendance…

Article écrit par Pierre-Antoine Duez.

Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir nos dernières actualités*

Les informations recueillies sur ce formulaire sont enregistrées dans un fichier informatisé de gestion des Clients et Prospects (CRM).

Le Responsable de traitement est la société weave, 37 rue du rocher 75008 Paris RCS Paris 802 396 085.

Elles sont destinées à l’activité marketing du groupe weave ainsi quà celle de ses filiales, à l’exclusion de tout transfert hors de l’UE. Elles sont conservées pour une durée conforme aux dispositions légales (par exemple 3 ans pour les données prospects).

Ce traitement nécessite votre consentement que vous pourrez retirer à tout moment sans que cela ne remette en cause sa licéité.

Conformément à la loi « Informatique et Libertés » et au règlement européen n°2016/679, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification ou d’effacement, ainsi que d’un droit à la portabilité de vos données ou de limitation du traitement. Vous pouvez également pour des raisons tenant à votre situation particulière, vous opposer au traitement de vos données et donner des directives relatives à la conservation, à l’effacement et à la communication de vos données après votre décès. Vous disposez également du droit d’introduire une réclamation auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (www.cnil.fr).

Vous pouvez exercer vos droits en nous contactant à l’adresse vosdonnees@weave.eu.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour mesurer notre audience, vous proposer des contenus et des offres personnalisées, ainsi que des fonctionnalités de partage sur les réseaux sociaux. En savoir plus sur notre politique de cookies et notre charte des données personnelles