Industrie 4.0

L’émergence du marché de l’effacement en France : quelle réalité ?

25 mars 2014

Comme tous les marchés, le marché de l’électricité cherche en permanence son équilibre. Mais alors que la demande augmente et que les phénomènes de pointe s’accentuent, l’offre d’électricité est limitée en termes de flexibilité, notamment du fait des difficultés de stockage de l’électricité.

Or, selon le dernier bilan prévisionnel de RTE, l’équilibre entre la production et les besoins en électricité n’est assuré en France que jusqu’en 2015. En effet, du fait de la révision de son mix énergétique (la part du nucléaire dans la production d’électricité devant passer de 75% à 50%) la probabilité que la France se trouve dans une situation de défaillance énergétique atteint 99% à compter de 2016 (RTE signale une puissance manquante estimée entre 1,2 et 2,1 GW pour satisfaire la demande).

Dès lors, pour éviter les « black-out », deux possibilités s’offrent au gestionnaire de réseau : augmenter les capacités de production d’électricité mobilisables rapidement en cas de besoin, ou limiter l’ampleur des phénomènes de pointe.

Plusieurs éléments favorisent la recherche de maîtrise des phénomènes de pointe. En effet, alors qu’augmenter la production d’électricité est très couteux et polluant à partir d’un certain seuil (mise en fonctionnement des centrales à fioul et à charbon notamment), la réduction de la demande d’électricité en période de pointe répond davantage aux considérations économiques et environnementales.

C’est dans ce contexte qu’a émergé le mécanisme de l’effacement. Le dispositif est le suivant : sur une base volontaire et  en échange de compensations financières, certains gros consommateurs, principalement des sites industriels, peuvent s’engager à réduire voire à interrompre leur consommation d’électricité en cas de risque de saturation du réseau. Ces consommateurs offrent donc un service au réseau de distribution d’électricité : leur flexibilité, en échange d’une rémunération : la prime d’effacement. Un nouveau marché, celui du renoncement à la consommation électrique présente, a donc vu le jour.

shutterstock_3

Ce marché est segmenté selon le type d’acteur qui s’efface :

  • Les gros industriels, qui sont connectés directement au réseau et traitent avec RTE ;
  • Les petits industriels et les particuliers qui traitent avec des « opérateurs d’effacement » (également appelés « agrégateurs d’effacement »).

Le contrat qui lie les consommateurs qui s’effacent et le gestionnaire de réseau ou l’agrégateur stipule :

  • Le délai d’activation de l’effacement (de quelques secondes à quelques dizaines de minutes),
  • Le volume d’électricité concerné (« capacité d’effacement »),
  • La durée de l’effacement (entre un quart d’heure et quelques heures),
  • Ainsi que le modèle de rémunération du dispositif (la rémunération des consommateurs qui s’effacent est généralement composée d’une partie fixe : la prime d’effacement versée en échange de leur engagement de flexibilité ; et d’une partie variable : la rémunération compensatoire de l’effacement, versée lorsque celui-ci est effectivement mis en œuvre).

 

Entretien avec Philippe de Montalembert, Président d’Hydronext

president-hydronext

Hydronext est un opérateur du marché de l’électricité, qui fournit et achète la production électrique de plus de 350 sites de production EnR en France. Hydronext est également acteur d’ajustement auprès de  RTE depuis 2012, et propose aux sites de consommation ses services d’opérateur d’effacement.
 
  • Dans quel contexte le concept d’effacement a-t-il émergé sur le marché français de l’électricité ?

D’un point de vue conceptuel, l’effacement peut être vu comme un moyen de production : le consommateur qui s’efface remet, en quelque sorte, l’électricité qu’il ne consomme pas à disposition du réseau.

Il existe deux types de dispositifs d’effacement :

  • « Sur le marché d’ajustement » : pour garder un réseau équilibré, le réseau RTE ajuste en temps réel la production à la consommation. Traditionnellement, il a recours aux moyens de production à la hausse ou à la baisse, selon le besoin. L’effacement d’un site de consommation étant équivalent à l’appel à la hausse d’un moyen de production, l’effacement fait naturellement partie des options dont dispose RTE.
  • « Sur le marché de l’énergie » : Un consommateur peut également choisir de remettre sur le marché (i.e. le marché de de gros de l’énergie) de l’électricité qu’il achète à son fournisseur, mais qu’il décide de ne pas consommer. Ainsi, lors de période de pointe, et donc de forte demande, cet ajout d’offre permet de soulager le marché. Ces opérations de marché se font via un opérateur d’effacement.

Jusqu’à récemment, l’effacement ne se pratiquait que via le marché d’ajustement, qui par nature ne concerne que les plus gros sites industriels. En effet, pour limiter le nombre de contreparties, RTE ne s’adresse qu’aux acteurs capables de lui fournir au minimum 10 MW.

La nouveauté vient de l’introduction du 2ème mécanisme, dit NEBEF, où l’effacement se valorise sur le marché de l’énergie. Le seuil de participation est cette fois bien plus bas : uniquement 100KW, ce qui correspond à la puissance consommée par une petite usine.  Ainsi l’effacement trouve une vraie démocratisation.

Il faut noter que plus généralement, l’ensemble des entreprises et particuliers qui le souhaitent peuvent participer à ces mécanismes d’effacements, dès lors qu’ils rejoignent un agrégateur qui lui, atteindra facilement les seuils mentionnés ci-dessus. On parle alors « d’effacement diffus ».

  • Où en est le cadre réglementaire en France aujourd’hui ? Favorise-t-il certains acteurs plus que d’autres ?

Pour l’instant, le cadre réglementaire est en phase d’ajustement. On est engagé dans un processus itératif qui vise à trouver le meilleur équilibre entre les acteurs de manière à ce que tout le monde ait quelque chose à gagner en promouvant le dispositif de l’effacement. Il n’y a pas de « perdant » sur ce marché.

  • L’effacement peut-il être considéré comme un levier de compétitivité pour les électro-intensifs ?

Bien sûr, l’effacement peut représenter une ressource pour l’entreprise qui s’efface, au travers de l’allègement de sa facture finale d’électricité. Mais c’est un dispositif qui requiert une certaine flexibilité de la part de l’entreprise, voire une adaptation de son processus de production.

  • Quelles sont les industries les plus enclines à souscrire à un contrat d’effacement ?

Les industries les plus sujettes à l’effacement sont celles dont la chaîne de production est fragmentée. En effet, elles peuvent interrompre certaines de leurs unités de production sans bloquer toute la chaîne. C’est le cas notamment des cimentiers ou de la métallurgie, qui consomment beaucoup d’électricité mais sont très flexibles et peuvent interrompre à tout moment une partie de leur outil de production. En revanche, une entreprise du secteur automobile aura beaucoup plus de mal à réduire sa consommation d’électricité sans ralentir voire stopper toute la chaîne…

  • Quel est, selon vous, le potentiel de ce marché dans les années à venir ?

Le marché de l’effacement est un marché au potentiel extrêmement vaste car aujourd’hui, il concerne tout le monde et que les phénomènes de pointe vont vraisemblablement s’accentuer dans les années à venir. Mais c’est aussi un marché qui démarre assez doucement, avec un nombre limité d’acteurs et des consommateurs très timides sur le sujet.

  • Comment promouvoir l’émergence du marché de l’effacement en France ?

Un facteur de développement du marché de l’effacement est le prix de l’électricité sur le marché de gros, qui est paradoxalement bas. En effet, il existe une surcapacité de production de base en Europe, et une sous-capacité de production de pointe, qui dans les conditions actuelles ne trouve plus de rentabilité.

Donc malgré la hausse du prix de l’électricité payé par le consommateur final, le niveau du marché de gros est trop faible pour booster véritablement le marché de l’effacement. Les seuils de déclenchement des dispositifs (prix pour lequel il est intéressant financièrement de remettre son électricité à disposition du réseau ou du marché) restent assez rarement franchis.

Mais surtout, la mise en place du marché de capacité, qui rémunèrera cette fois la disponibilité de puissance (de production ou d’effacement), donnera plus de valeur aux effacements.

  • Existe-t-il d’autres leviers que le prix pour encourager ce marché ? L’État a-t-il mis en œuvre des incitations pour encourager les industriels à souscrire à un contrat d’effacement ?

Le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie cherche à promouvoir ce dispositif notamment parce que la mise en route de centrales à fioul ou à charbon est très polluante. Mais ces centrales sont également très couteuses donc les intérêts économiques et environnementaux convergent. Pour l’instant, il n’existe pas vraiment d’incitation encourageant les entreprises à souscrire à un contrat d’effacement. Ce qui manque, c’est un véritable plan de communication de la part de l’État sur l’effacement car les consommateurs sont très mal informés. Cette pédagogie ne peut pas être faite par les opérateurs d’effacement eux même, comme Hydronext, car ils sont à l’évidence partie prenante dans le dispositif.

 

 Je tiens à remercier Philippe de Montalembert pour le temps qu’il m’a accordé lors de cet entretien et pour la qualité de ses réponses.

 

Sources :

Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir nos dernières actualités*

Les informations recueillies sur ce formulaire sont enregistrées dans un fichier informatisé de gestion des Clients et Prospects (CRM).

Le Responsable de traitement est la société weave, 37 rue du rocher 75008 Paris RCS Paris 802 396 085.

Elles sont destinées à l’activité marketing du groupe weave ainsi quà celle de ses filiales, à l’exclusion de tout transfert hors de l’UE. Elles sont conservées pour une durée conforme aux dispositions légales (par exemple 3 ans pour les données prospects).

Ce traitement nécessite votre consentement que vous pourrez retirer à tout moment sans que cela ne remette en cause sa licéité.

Conformément à la loi « Informatique et Libertés » et au règlement européen n°2016/679, vous bénéficiez d’un droit d’accès, de rectification ou d’effacement, ainsi que d’un droit à la portabilité de vos données ou de limitation du traitement. Vous pouvez également pour des raisons tenant à votre situation particulière, vous opposer au traitement de vos données et donner des directives relatives à la conservation, à l’effacement et à la communication de vos données après votre décès. Vous disposez également du droit d’introduire une réclamation auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (www.cnil.fr).

Vous pouvez exercer vos droits en nous contactant à l’adresse vosdonnees@weave.eu.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour mesurer notre audience, vous proposer des contenus et des offres personnalisées, ainsi que des fonctionnalités de partage sur les réseaux sociaux. En savoir plus sur notre politique de cookies et notre charte des données personnelles