Croissance verte

Augmentation du prix des matières premières agricoles : un scénario inévitable à moyen terme ? (1/2)

26 septembre 2011

Après les pics de 2007-2008 et plus récemment du printemps 2011, les cours des matières premières agricoles sont repartis à la baisse avec la perspective d’une nouvelle récessionPremière partie de notre focus concernant l’augmentation du prix des matières premières agricoles !. Ils n’en demeurent pas néanmoins élevés, à plus de 200 €/t, à comparer par exemple au 100 €/t que valait une orge de brasserie FOB Creil en mai 2010.

S’agit-il d’épiphénomènes liés à une spéculation opportuniste déplacée du champ financier au champ agricole ou bien d’une tendance durable à l’augmentation du prix des matières premières agricoles ?

Cette série de billets a pour vocation de proposer quelques pistes de réflexion sur un sujet qui intéresse tous les Français mais également l’ensemble de la population mondiale.

Une croissance continue de la demande alimentaire mondiale…

Toutes les études s’accordent à dire que la demande alimentaire mondiale devrait augmenter de 40 à 68% d’ici à 2050, (2) sous le double effet de la croissance de la population et de l’augmentation des besoins carnés mondiaux.

  • Urbanisation croissante et augmentation du pouvoir d’achat dans les pays émergeants conduisent en effet à la modification des pratiques alimentaires vers plus de produits carnés. Or il faut 4 calories d’origine végétale pour produire 1 calorie de porc ou de volaille et 11 calories d’origine végétale pour produire 1 calorie de bœuf. (3)
  • En revanche, la consommation de produits carnés dans les pays développés pourrait baisser sous l’effet des messages nutritionnels, d’hygiène et de bien-être, (2) même siles écarts prévus à la baisse ne compenseront en rien les hausses attendues liées à l’augmentation du niveau de vie dans les pays du Sud.

… à laquelle s’ajoutent de nouveaux usages aux matières premières agricoles

La demande en matières premières agricoles destinées aux nouveaux usages (agro-carburants, chimie verte…) devrait également continuer à croître et pousser les prix à la hausse, en attendant la mise au point des agro-carburants de 3e génération ou l’évolution de la réglementation (cf. débat actuel sur le changement d’affectation indirecte des sols).

  • L’OCDE estime qu’entre 2005 et 2007, au moins 60%de l’augmentation de la demande en céréales et huiles végétales a été causée  par les agro-carburants. Les surfaces consacrées aux agro-carburants dans le monde pourraient ainsi atteindre près de 58 millions d’ha en 2050, (4) contre 8,5 millions d’ha en 2008, (5) soit 6% des terres arables restant à exploiter.
  • Pour la seule année 2007, l’IFPRI a évalué à 30% l’augmentation du prix des denrées alimentaires qui peuvent être imputés aux agro-carburants. La Banque mondiale estime quant à elle que les agro-carburants sont l’une des principales causes de la hausse des prix des matières premières alimentaires au cours des dernières années. (5)

A court terme, l’augmentation du prix des matières premières est donc prévisible, à moins que la production mondiale ne soit en  mesure de croître de nouveau, principalement grâce aux gains réalisés dans les pays du Sud de productivité et / ou de mise en culture de nouvelles terres arables.

 

Des terres cultivables mondiales en quantité suffisante pour satisfaire l’ensemble de ces besoins, même sans augmentation de productivité

Selon une étude réalisée par le Centre d’Etudes et de prospective du Ministère de l’Agriculture, l’ensemble des terres cultivables actuellement non cultivées permettrait si elles l’étaient même de manière peu productive d’assurer la sécurité alimentaire et la production d’agro-carburants en 2050, y compris en intégrant les hypothèses de réchauffement climatique, d’agriculture économe en intrant et en énergie, et de non déforestation. (4)

Or selon Ficher et al, 80% des réserves de terres agricoles mondiales se trouveraient en Afrique et en Amérique du Sud. Le rachat de terres agricoles dans ces pays est de fait en nette croissance : près 45 millions d’hectares auraient fait l’objet de transactions en 2009 contre 4 millions entre 1998 et 2008. Que ce soit par des fonds souverains désireux d’assurer la sécurité alimentaire de leur pays ou simplement par des investisseurs en quête de rentabilité, avec l’ensemble des difficultés que cela peut poser. (6)

  • Avec seulement 10 % des surfaces agricoles mondiales exploitables, la Chine doit nourrir 22 % de la population mondiale.
  • Le coréen Daewoo avait médiatiquement tenté d’acheter 1,3 millions d’ha malgaches en 2008, entraînant des émeutes et le renversement du président

A l’exception de nouvelles régions exploitables de par le réchauffement climatique, (7) l’augmentation de la production dans les pays du Nord, notamment en Europe, apparaît en revanche limitée : productivité déjà élevée, baisse de fertilité des sols, nouvelles attentes vis-à-vis d’une agriculture moins intensive, remise en exploitation des jachères suite à la réforme de la PAC déjà réalisée en 2009…

Satisfaire la demande croissante par une production accrue est donc possible, mais à quel prix ?

Rendez-vous la semaine prochaine pour la seconde partie de notre publication…

 

Dorothée Chabredier et Christophe Lopez

 

Pour aller plus loin :

 

(2)     La demande alimentaire en 2050 : chiffres, incertitudes et marges de manœuvre, MAAPRAT, 2011

(3)     Une voie étroite pour la sécurité alimentaire d’ici à 2050, FAO, 1999

(4)     Terres cultivables non cultivées : des disponibilités suffisantes pour la sécurité alimentaire durable de l’humanité, MAAPRAT, 2010

(5)     Agro-carburants, cartographie des enjeux, Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, 2008

(6)     Rising Global Interest in Farmland. Can it yield sustainable and equitable benefits ? World Bank, 2011

(7)     Summary for policy makers, IPCC, 2007

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