Croissance verte

Augmentation du prix des matières premières agricoles : un scénario inévitable à moyen terme ? (2/2)

3 octobre 2011

La semaine dernière, nous avions vu qu’il serait possible de satisfaire la demande croissante par une production accrue grâce à la mobilisation des terres arables disponibles essentiellement dans le Sud. Mais à quel prix ? C’est ce que nous allons tenter de comprendre cette semaine.

 

Une augmentation prévisible des coûts de production de l’agriculture intensive…

Les augmentations conjuguées du coût de l’énergie, du prix des terres agricoles et des taux d’intérêt devraient accroître à terme les coûts de production  de l’agriculture intensive.

  • Le cours du pétrole impacte directement le coût des intrants (engrais, produits phytosanitaires) et de l’énergie, qui représenteraient plus d’un tiers de la valeur de la production des exploitations européennes.(1) Or selon les prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie, l’âge du pétrole bon marché est révolu (2).
  • Les taux d’intérêts bancaires, historiquement bas, ne peuvent que remonter et accroître encore davantage le poids de la dette, nécessaire à l’achat des terres agricoles et du matériel d’exploitation, et qui représenterait environ 25% de la valeur de la production des exploitations européennes.(1)

Du fait du pouvoir de négociation historiquement supérieur de l’aval des filières, cette hausse n’a pas encore été répercutée dans les prix de consommation de produits alimentaires en France. Selon l’Insee, la hausse des prix à la consommation des produits alimentaires par rapport à 2010 a été en effet de 1,4%  (soit inférieure à l’inflation sur la même période) contre près de 30% pour les prix agricoles.

… mais aussi de l’agriculture extensive, à terme

 

Le coût de production à l’hectare de l’agriculture extensive devrait également augmenter à terme, sous l’effet de la pression foncière accrue et des rendements marginaux décroissants.

  • De grands propriétaires brésiliens ont obtenu en concession pour 50 ans au Mozambique l’équivalent de 10% de la surface de la France, pour environ 10 € / ha / an. A titre de comparaison, un fermage en 2006 en France coûtait en moyenne 121 €/ ha / an  en 2006 selon la SAFER.
  • Comme les terres les plus rentables selon le rapport production / investissement devraient d’abord être mises en production, le coût de production à l’hectare devrait croître au fur et à mesure de l’extension des terres cultivables dans les pays du Sud.

Seule l’augmentation de la productivité, et donc la transition vers une agriculture plus intensive, elle-même plus coûteuse, permettrait de réduire la pression foncière et de produire autant sur des terres moins productives.

Mécanisation du travail grâce à la force motrice animale, développement de l’amendement, irrigation, utilisation de semences adaptées OGM par exemple, autant de possibilités existantes qui nécessiteront des investissements… Sujets passionnants de développement agricole mais qui ne sont pas l’objet de cet article.

 

Méconnaissance des stocks mondiaux et spéculation aggravent la volatilité naturelle des marchés

Contrairement à la récolte annuelle qui peut être anticipée grâce à des images satellitaires, l’état des stocks mondiaux n’est pas connu avec certitude (des pays comme la Chine ou l’Inde refusant en effet de publier l’état de leurs stocks).  Crainte d’une mauvaise récolte suite à un épisode climatique, risque de diminution des encours mondiaux disponibles suite à la restriction d’exportation d’un pays majeur… autant d’événements conjoncturels propres à pousser donc ponctuellement les cours à la hausse.

Cette volatilité naturelle des marchés de matières premières agricoles se trouve toutefois actuellement aggravée par une spéculation opportuniste d’acteurs financiers : hedge funds, fonds de pensions, fonds souverains, particuliers.

  • Le volume des encours financiers serait en effet quinze fois supérieur au volume des encours physiques sur les marchés agricoles. (3)
  • Les fonds indiciels sur les matières premières seraient passés de 13 milliards d’euros fin 2003 à 260 milliards d’euros en 2008. (3)

Loin de vouloir garantir un prix d’approvisionnement ou de vente en pariant sur l’avenir comme les acteurs du marché physique, les acteurs financiers qui interviennent aussi sur les marchés agricoles ont en effet besoin de volatilité pour s’enrichir, sans transfert de marchandises. Leurs moyens sont parfois tels qu’ils sont en mesure d’influer sur un cours de matière première. Anthony Ward, le patron du fonds Armajora avait ainsi fait flamber les cours du cacao en achetant 15% de la production mondiale en 2010. De tels acteurs arrivent à créer une volatilité artificielle, avec, pour conséquence première, une décorrélation temporaire entre le cours de la matière première, par exemple le blé, et les fondamentaux du sous-jacent (état des stocks, qualité de la récolte…)

Au défi de la production s’ajoutent donc le défi de la transparence et de la régulation des marchés dérivés de matières premières. Des discussions sont en cours en ce sens au niveau du G20 qui se réunira début novembre. La France milite en effet pour une meilleure « régulation » des marchés dérivés de matières premières agricoles (limitation des positions par acteurs, identification des transactions – y compris pour les transactions de gré à gré – publication des positions par type d’acteur…),(4) sur le modèle du Dodd-Frank Act signé par le Président Obama en 2010 et pour une meilleure connaissance des stocks mondiaux.(5)

 

L’avis des experts sur la volatilité des prix agricoles en vidéo :

Conclusion : difficile de prévoir…

L’évolution des prix des matières premières agricoles dépendra de la capacité de l’offre à s’ajuster à temps à la demande croissante, principalement dans les pays du Sud, dans un contexte de forte inélasticité de l’offre à la demande. Que la demande soit trop forte par rapport à la capacité de production à un moment donné et les prix seront à la hausse, encourageant la mise en exploitation de nouvelles terres et le développement agricole. Que le développement de l’offre soit trop rapide par rapport à la demande et les prix plongeront, avec la ruine des petits paysans et la reconstitution de stocks d’intervention par les Etats. Les paris sur l’avenir demeurent donc ouverts : la spéculation a encore de beaux jours devant elle…

 

Dorothée Chabredier et Christophe Lopez

 

Pour aller plus loin :

(1)     Les céréaliers français à la peine au niveau européen, Réussir Grandes Cultures, N°235, 2010

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