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Croissance verte

Méthanisation : vers une énergie renouvelable vertueuse ?

9 juillet 2018

Le biométhane apparaît aujourd’hui comme une énergie renouvelable à fort potentiel :

  • C’est une énergie renouvelable, qui se substitue à un gaz naturel, certes vertueux en comparaison d’autres énergies, mais qui reste fossile.
  • C’est une énergie non-intermittente ; la différence est notable avec l’éolien et le solaire, tous deux non pilotables et qui doivent donc être compensés par d’autres moyens de production ou par des stockages (eux-mêmes coûteux voire à bilan carbone négatif).
  • C’est un revenu additionnel pour les agriculteurs, qui pourrait compenser la réduction annoncée de la politique agricole commune, et soumis à la volatilité des prix des produits agricoles.
  • C’est une valorisation économique pour les déchets organiques industriels et municipaux : là où les acteurs devaient payer pour éliminer leurs déchets, ils peuvent désormais les valoriser.
  • Pour l’État, c’est un vecteur d’indépendance énergétique, et donc un levier pour limiter les risques géopolitiques; c’est aussi des subventions raisonnées avec des tarifs de rachat marginalement subventionnés, les aides étant focalisées sur l’investissement ; là aussi, les différences avec l’éolien et le solaire sont notables.

Aujourd’hui, la France compte un peu plus de 400 unités de méthanisation opérationnelles, dont 230 agricoles. C’est encore peu comparé à un potentiel de l’ordre de 100 TWh (vs une consommation annuelle de gaz de 450 TWh, et une consommation annuelle d’énergie de l’ordre de 2000 TWh), et loin de l’Allemagne qui compte environ 9.000 unités en service.

Les acteurs de la filière attendent avec impatience la mise en œuvre des propositions mises en avant par le gouvernement en mars 2018 lors du « Groupe de travail méthanisation ». Initié par Sébastien Lecornu, il doit faciliter les réglementations, les autorisations et l’exploitation des unités agricoles.

Méthanisation - weave
Source : ildefrance.fr

 

Voyons dans le détail les cinq questions clés qui amènent un acteur (agriculteur / financier) à décider ou non d’investir dans une unité de méthanisation :

1 – Quels sont les débouchés réels d’une unité de méthanisation ?

Comme tout producteur d’énergie, il est nécessaire en premier lieu d’étudier les possibilités de valorisation du méthane produit :

  • L’injection dans les réseaux de gaz de ville apparaît clairement comme le modèle à privilégier, dès lors que l’investissement est localisé à proximité du réseau de distribution. La loi prévoit désormais un droit à l’injection, qui se traduit par le financement du raccordement par le gestionnaire de réseau. Connaitre la distance au réseau (actuel et à venir), le niveau d’injection (actuel et à venir) est nécessaire, la coopération avec le planificateur réseau étant essentielle [en effet, dans les situations où la production locale est supérieure à la consommation locale, il faudra mettre en place des compresseurs pour remonter le gaz du réseau basse pression vers le réseau de transport ou mettre en place des rebous pour équilibrer le réseau]
  • La transformation du gaz en électricité (cogénération). Si le producteur valorise les pertes de chaleur générées pendant ce processus de cogénération (ex : pour chauffer un bâtiment), il pourra bénéficier d’une prime au rachat de l’électricité.
  • La combustion : la création d’une station-service de biogaz est séduisante, mais aussi fortement dépendante de la croissance du parc de véhicule à gaz. Il faut noter à titre d’illustration la part marginale des camions motorisés au gaz (1 000 camions vendus sur 40.0000 en 2017) et l’impossibilité actuelle d’utiliser le biogaz pour les engins agricoles (alors même qu’il est possible de les alimenter avec du gaz naturel véhicule).

2 – Mes gisements sont-ils sécurisés ?

La méthanisation nécessite de disposer de gisements de matières organiques :

  • En quantité : il s’agit de disposer des quantités suffisantes de ces produits en mixant ou non matières issues de l’agriculture type CIVE (Cultures Intermédiaires à Vocation Energétique), résidus de cultures, déchets industriels ou municipaux organiques.
  • Dans la durée : les gisements doivent être pérennes pour pouvoir garantir l’exploitation de l’unité de méthanisation.
  • A un prix de fourniture acceptable : le coût de fourniture doit en effet ne pas dépasser un seuil maximum, pour ne pas menacer l’équilibre économique.

3 – Puis-je accéder aux capitaux et convaincre de la rentabilité de l’opération ?

Une unité de méthanisation coûte entre 3 et 10 millions d’euros avec un amortissement de l’ordre de sept à neuf ans pour convaincre les banques.

  • La BPI a budgété 100 millions d’euros d’investissements pour faciliter l’accès au crédit des investisseurs ;
  • L’état propose un complément de rémunération pour les petites unités entre 500 KW et 1 MW.

Ces aides publiques semblent attractives mais il faut veiller à ce qu’elles ne se soient pas perçues comme des risques : les changements de posture des gouvernements successifs, comme sur le sujet du maritime éolien, peut inciter les acteurs à la prudence.

Tous les acteurs qui disposent à la fois de l’expertise technique et de l’expertise économique vont pouvoir saisir l’opportunité de ce marché à potentiel.

4 – Quelle sera la complexité des démarches administratives ?

Aujourd’hui, une unité de méthanisation doit faire l’objet des démarches de type ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement), ce qui se traduit par une déclaration, un enregistrement ou encore une autorisation délivrée par la préfecture.

Les propositions du gouvernement de mars 2018 vont dans le sens de la simplification des démarches administratives, avec notamment la mise en place d’un guichet unique pour répondre aux investisseurs.

5 – Quel sera le rôle de l’agriculteur demain ?

Nous plaidons pour une insertion raisonnable des unités de méthanisation dans un système agricole durable, devant rester tourné vers l’alimentaire.

D’un point de vue agronomique, la mise en place d’un projet biométhane induit un risque non négligeable d’appauvrissement des sols en carbone. Seule une gestion raisonnée des sols par l’agriculteur permet de limiter ce risque. Il n’existe pas aujourd’hui de réel accompagnement des producteurs sur ces problématiques.

L’exemple de l’Allemagne, où l’intervention des investisseurs financiers extérieurs au monde agricole a détourné la Politique Agricole Commune, éclaire cette dérive.

Si des limites sont déjà fixées en France (le gisement d’intrants doit être limités à 15% des cultures principales), le monde agricole ne pourra faire l’économie d’une réflexion plus large sur son rôle, ses limites, son modèle d’affaire, au-delà d’un pur opportunisme économique.

En synthèse, le biométhane est une énergie renouvelable d’avenir, en attente d’une organisation de l’ensemble de la filière.

  • Le gouvernement doit lever les entraves et proposer un cadre stable dans la durée :  laisser les acteurs privés prendre leurs responsabilités, en veillant à ne pas créer de distorsion ou d’effets d’aubaine comme cela peut être constaté dans le solaire ou l’éolien.
  • Les agriculteurs, acteurs centraux du développement de cette énergie renouvelable, doivent développer ces nouvelles approches de système d’exploitation et définir de nouveaux business-modèles durables, dans lequel leurs rôles (alimentation, environnement, énergie) seront affirmés et pleinement récompensés économiquement.
  • Les acteurs du monde de l’énergie doivent renforcer leurs capacités d’accompagnement et de partenariat avec le monde agricole, qui bascule d’un statut de client à un statut de partenaire.

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