Mobilier Urbain & usages - weave
Wise city

Mobilier urbain : penser les usages pour définir la ville de demain

6 avril 2018

Arrêtons-nous un instant pour parler du mobilier urbain, un exemple visible d’amélioration de la ville. Le Larousse le définit comme l’ensemble des équipements installés au bénéfice des usagers sur la voie publique et dans les lieux publics de plein air.

A quoi sert-il ? En théorie, à faciliter la pratique de la ville ; c’est-à-dire permettre aux habitants de se déplacer, de s’abriter, de se reposer. En pratique, en plus d’être les éléments que les piétons maladroits heurtent, c’est tout ce qui favorise le lien social : les bancs, lampadaires, arrêts de bus… Même les toilettes publiques, poubelles et potelets de circulation participent à façonner le paysage de la ville et ses usages.

Si l’on pense uniquement aux lampadaires, poubelles et bancs publics lorsque l’on évoque ce terme, un petit tour des solutions créatives est nécessaire.

Pourquoi sont-elles pertinentes à nos yeux ?

Elles illustrent l’idée que l’intelligence urbaine peut être frugale ou low tech et qu’elle n’est en aucun cas l’apanage de la technologie.

Les usages sont intelligents, pas les objets.

Voici quelques exemples étonnants de mobilier urbain. Ils sont l’occasion de s’interroger sur leur utilité et les comportements qu’ils encouragent :

  • Pour qui sont-ils conçus ?
  • Sont-ils solides, modulables, transformables, réparables ?
  • Sont-ils sobres, frugaux et simples, ou énergivore ?
  • Comment seront-ils entretenus ?

Mobilier urbain - weave

Un autre type de mobilier urbain peut quant à lui interpeller quant à la méthode utilisée.

Il s’agit de la dernière version de l’abribus. Quel est son rôle premier ? Abriter les usagers de la pluie et du vent lorsqu’ils attendent le bus. Il est encore plus pratique lorsqu’il permet de s’asseoir, de se repérer dans la ville, de planifier les trajets et les correspondances avec les transports en commun. La forme de l’abribus importe peu, tant qu’il est utile aux usagers.

 

Abribus - weave

 

L’abribus est un support prisé pour la société qui l’exploite : il offre une grande surface d’affichage et l’attention d’une forte audience. Cet élément est généralement apprécié par les collectivités et les usagers pour les services qu’il rend au quotidien.

À Paris, les abribus sont légion et participent à la vie de la ville. Tour à tour points de repère, abris pour les personnes sans domicile fixe, ou parapluies collectifs, ils ont gardé une forme simple adaptée à leurs fonctions, pendant 35 ans.

Mais en 2015, ils semblent avoir été touchés par ce que l’on nomme la « smartisation ». Ce mot barbare désigne le fait de prendre un objet simple et robuste du quotidien, adapté aux usages et le faire redessiner par un designer, afin de le transformer en un bel objet. L’Abribus robuste et – il faut bien l’avouer – peu élégant a donc laissé la place à une belle création.

Toit immaculé aux formes rondes, parois de verre, large ouverture sur le côté, parfois agrémenté́ d’un mât de plusieurs mètres de hauteur… un ouvrage que les magazines n’hésitent pas à qualifier de “design”. En l’observant de plus près, on s’aperçoit que cette créature hybride recèle même des ports USB accessibles aux passants et que les mâts émettent de la 3G ou 4G. La Mairie de Paris décrit donc ces nouvelles merveilles comme des abris “écologiques, économiques, numériques, esthétiques, intelligents, ils vous permettront même de recharger votre portable” !

 

Mais alors, que peut-on reprocher à ces Abribus intelligents ?

 

Disons simplement qu’ils sont issus d‘un processus de conception dans lequel les usagers n’ont pas eu leur mot à dire ; et que la glorification de leur forme futuriste permet de passer sous silence leur manque de praticité́.

Manquer de praticité́ est en effet un comble pour un élément de mobilier urbain ! Ils ne protègent plus de la pluie ou du vent, proposent une faible surface pour s’asseoir, et les plans qu’ils portent ne permettent pas toujours de s’orienter. D’autres éléments peuvent également poser question :

  • la conception de mobilier assez inconfortable pour lutter contre la présence prolongée de SDF,
  • le fait d’avoir remplacé les anciens abris plutôt que de les transformer,
  • la présence de ports USB ouverts aux quatre vents pose des questions légitimes de sécurité des données.

Ce projet d’aménagement de l’espace public, petit pas vers la Smart City, a donc été pensé sans concertation avec ses usagers pour façonner la ville de demain : une ville dans laquelle l’esthétique est valorisée et les usages prosaïques beaucoup moins.

Des méthodes de conception qui posent question quant au futur souhaité pour la ville et la construction d’une « Wise City ».

 

Article co-écrit par Mathilde Gauthier, consultant weave et Camille Lannel.

 

Crédits illustrations :

uritrottoir.com

http://sungwoopark.tistory.com/entry/The-Rolling-Bench

http://aureldesignurbain.fr/projets/abribus-paris/

Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir nos dernières actualités

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour mesurer notre audience, vous proposer des contenus et des offres personnalisées, ainsi que des fonctionnalités de partage sur les réseaux sociaux. En savoir plus.