Transition énergétique
Industrie 4.0

Transition énergétique :  quand l’histoire se répète

6 mars 2018

Préambule

Nous dissertons dans cet article des analogies entre la transition énergétique, avec la fermeture annoncée de Fessenheim, et la quatrième croisade 10 siècles plus tôt, en ce qu’elle peut nous apprendre des comportements sociaux parfois contradictoires.

Rappelons pour commencer que les croisades étaient des expéditions militaires organisées par l’Église pour retrouver l’accès aux lieux de pèlerinages chrétiens en Terre Sainte. Précisons également que la légitimité ou non légitimité des croisades n’est pas l’objet de notre réflexion.

Une tournure historique inattendue

Fait marquant : la quatrième croisade (1002 à 1204) a ceci de particulier qu’elle se termina non par le siège de Jérusalem, mais par le pillage de la Constantinople chrétienne par les croisés.

Cette croisade n’a clairement pas pris pas le tour prévu à l’origine : les croisés durent en effet traiter avec Venise pour disposer de la flotte dont ils avaient besoin et acceptèrent en échange d’assiéger la cité de Zara, bien que chrétienne, pour satisfaire aux demandes des Vénitiens.

En bref, une communauté autonome et motivée s’est donc laissée détourner d’un objectif qu’elle avait elle-même déterminé, pour au final servir les intérêts d’un groupe particulier.

Préméditation ou “circonstances fortuites”, deux explications non nécessairement incompatibles

Le tournure de cet épisode historique a fait l’objet de deux types d’analyses :

  • D’un côté la théorie de la préméditation avec ses instigateurs présumés (Venise, Philippe de Souabe, Boniface)
  • Et d’autre part celle des “circonstances fortuites”, tant il apparaissait difficile d’admettre que l’astuce d’un nombre réduit de comploteurs puisse duper une telle masse de soldats ; ce serait donc la conjonction de circonstances imprévisibles qui aurait induit par rebond successifs le dévoiement de l’objectif initial.

Et la transition énergétique dans tout ça ?

Quelques mille ans plus tard, la transition vise un idéal noble avec comme point clé la sortie des énergies fossiles, dont la mobilisation massive induit des externalités à haut risque pour notre planète. La lutte contre le changement climatique se positionne clairement comme l’un des enjeux clés pour notre planète.

Étonnamment, la politique énergétique française ne sert pas la transition énergétique.

  • Le développement des énergies renouvelables ne répond pas au problème posé :
    • Ces énergies sont intermittentes par nature et ne foisonnent pas ; elles doivent être secondées lorsque les conditions ne leur permettent pas de produire ;
    • Les moyens de stockage n’étant pas disponibles, ces énergies nécessitent des moyens de production alternatifs tels que le gaz (si le nucléaire disparait) avec, au final, un bilan CO2 mauvais ;
    • Elles mobilisent des moyens financiers énormes (subventions, surcoûts des raccordements et du renforcement des réseaux) au détriment de projets clairement vertueux, tels que l’isolation.
  • L’orientation politique pousse à la fermeture de centrales nucléaires, Fessenheim en tête.
    • Or, la production d’électricité nucléaire ne génère que marginalement du CO2 (les panaches de fumée au-dessus des centrales nucléaires correspondent à de la vapeur d’eau)
    • Ces centrales sont jugées sûres par l’Autorité de Sureté Nucléaire ; contredire cette autorité indépendante met à mal sa légitimité alors même qu’elle est garante de notre enjeu commun de sûreté ;
    • Aussi longtemps que la problématique du stockage de l’électricité à grande échelle ne sera pas maitrisée, ne pas disposer de ces centrales durant les journées sans soleil et sans vent nous amènerait à produire notre électricité avec des énergies fossiles, ce qui est à l’opposé de notre objectif !
    • La réduction des recettes des centrales nucléaires (liées à l’injection des énergies intermittentes) induit une baisse des revenus pour les opérateurs, entrainant pour eux un stress économique malvenu pour maximiser la sécurité des centrales.

Les opérateurs de Fessenheim, tels les habitants de Zara, ne seront pas entendus.

Les habitants de Zara tentèrent d’influencer les croisés en affichant des draps ornés de croix sur leurs remparts. En vain !

Il en va de même pour les opérateurs de Fessenheim : si le rationnel est de leur côté, la dynamique collective est contre eux. Nul besoin de trancher entre une préméditation ou des circonstances fortuites, aussi longtemps que les français ne prendront pas le temps de réfléchir par eux-mêmes au sujet, loin des discours entendus, les opérateurs de Fessenheim ne pourront se faire entendre.

La transition énergétique semble bien jouer des mêmes mécanismes sociaux que la tournure que pris l’épisode historique de la quatrième croisade : un objectif, détourné par des intérêts non majoritaires, tirant habilement partie des circonstances.

La responsabilité de certains contemporains est écrasante. Sans doute un jour l’histoire jugera-t-elle les approximations intellectuelles et les calculs politiques. Il serait néanmoins préférable de retrouver au plus vite le chemin des Lumières !

 

Post-scriptum :

  • L’auteur de ces lignes ne travaille pas pour l’industrie nucléaire ; quand bien même y travaillerait-il, ce sont les arguments présentés qu’il faut entendre, challenger voire combattre et non l’appartenance de l’auteur à une éventuelle écurie
  • Le nucléaire est clairement une activité à risque. L’incident de niveau 2 de la centrale du Blayais en 1999, de même que les approximations statistiques récentes sur les cuves montrent que le risque en exploitation est concret. Pour maitriser ces risques, il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur des moyens financiers, des opérateurs compétents et motivés, des autorités de contrôle raisonnées et des contrepouvoirs constructifs.

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